Personnalité multiple : jusqu'où peut aller notre nature ?

Nous pensons souvent connaître quelqu’un parce que nous avons compris sa manière de parler, de travailler ou de se comporter en société. Puis, un jour, une autre facette apparaît, puis une autre… Plus audacieuse, plus sombre, plus libre ou simplement totalement inattendue. Une manière différente de penser lorsque la personne est en compagnie d’autres. Une vie privée beaucoup moins conventionnelle qu’on ne l’aurait imaginé. Jusqu’à cette question : Connaissons-nous réellement les personnes que nous rencontrons ? Comment une même personne peut-elle sembler si différente selon les circonstances sans forcément mentir ou jouer un rôle ? Découvrez nos explications sur la personnalité multiple pour savoir jusqu’où peut aller notre nature.

Nous n’avons probablement jamais une seule personnalité visible

Nous possédons tous différentes facettes de personnalité. Au travail, vous êtes peut-être organisé, précis et réservé. Avec vos amis, beaucoup plus spontané. Avec votre famille, vous retrouvez parfois des comportements que vous aviez vingt ans auparavant. En couple, une autre partie de vous apparaît encore. Et lorsque vous êtes seul, personne ne sait réellement comment vous pensez, ce que vous aimez ou ce qui vous traverse l’esprit.

La psychologie étudie depuis longtemps cette capacité à adapter notre manière d’être aux différents rôles que nous occupons. Nous ne sommes pas exactement la même personne en tant que collègue, ami, enfant, parent ou partenaire. Cela ne signifie pas que l’une de ces personnalités serait fausse. Elles peuvent toutes être authentiques. Simplement, elles n’apparaissent pas au même moment.

Pourquoi certaines personnes semblent-elles particulièrement difficiles à cerner ?

Pourquoi certaines personnes semblent-elles difficiles à cerner ?

Chez certaines personnes, les différentes facettes restent relativement proches. Quelqu’un de calme au travail sera également plutôt calme avec ses amis. Chez d’autres, les écarts peuvent être spectaculaires. Une personne extrêmement conventionnelle professionnellement peut avoir une vie artistique exubérante. Une femme très réservée peut pratiquer un sport extrême tous les week-ends. Un homme particulièrement discret peut avoir une vie sociale nocturne incroyablement intense. Une personne douce et timide peut posséder une sexualité particulièrement audacieuse. Une autre, apparemment très extravertie, peut passer ses journées libres totalement seule.

C’est précisément cet écart qui nous trouble. Nous pensions avoir compris quelqu’un. Puis nous découvrons quelque chose qui ne correspond pas à l’image mentale que nous avions construite.

« Il semblait tellement normal »

Cette phrase est révélatrice. Mais qu’appelons-nous exactement normal ? Le plus souvent, ce que nous voyons. Quelqu’un travaille, plaisante avec ses collègues, fait ses courses, répond poliment aux messages et parle de ses vacances. Notre cerveau complète spontanément le reste. Nous imaginons une personne relativement cohérente avec cette apparence. Pourtant, nous n’en savons pratiquement rien. Nous ignorons peut-être ses passions, ses fantasmes, ses peurs, ses habitudes lorsqu’elle est seule, ses expériences passées, ses convictions secrètes ou simplement ce qu’elle n’a jamais eu l’occasion de nous montrer.

La « normalité » que nous percevons est donc souvent une projection construite à partir d’informations extrêmement partielles.

La personnalité sociale n’est qu’une partie de nous-mêmes

Nous adaptons naturellement notre comportement à notre environnement. On ne parle pas à son employeur comme à son meilleur ami. On ne se comporte pas lors d’un repas familial comme dans une soirée entre amis. Cette adaptation fait partie du fonctionnement social ordinaire. Des recherches en psychologie ont montré que les individus peuvent gérer différentes impressions d’eux-mêmes selon leurs interlocuteurs et leurs situations sociales. Autrement dit, nous montrons différentes parties de nous-mêmes suivant les circonstances. Cela devient particulièrement fascinant lorsque certaines de ces parties semblent presque opposées.

Quand les différentes vies ne se rencontrent jamais

Certaines personnes compartimentent beaucoup leur existence. Imaginez plusieurs pièces dans une maison :

  • Dans la première se trouve la vie professionnelle.
  • Dans une autre, la famille.
  • Dans une troisième, les amis.
  • Dans une quatrième, les relations sentimentales.
  • Dans une dernière pièce, peut-être, des passions, des fantasmes ou des comportements dont personne d’autre n’a connaissance.

Chez certaines personnes, les portes restent ouvertes. Les amis connaissent la famille. Le partenaire connaît les collègues. Les différentes dimensions de l’existence se mélangent. Chez d’autres, les portes restent presque toujours fermées.

La psychologie utilise justement la notion de compartimentation pour étudier la manière dont nous organisons différentes représentations de nous-mêmes selon les contextes. Et cela ne signifie pas nécessairement qu’il existe un problème.

Avoir un jardin secret n’est pas avoir une double vie

Avoir un jardin secret n'est pas une double vie

Il faut ici distinguer plusieurs situations. Une personne peut simplement conserver une partie de sa vie pour elle-même. Elle n’est pas obligée de raconter ses fantasmes à ses collègues. Ni ses difficultés familiales à ses amis. Ni ses passions les plus étranges à quelqu’un qu’elle vient de rencontrer. Nous possédons tous une intimité qui peut être très différente de notre image publique.

La véritable question n’est donc pas : « Cette personne me montre-t-elle absolument tout ? ». Personne ne le fait. La question devient plutôt : « Les différentes facettes de cette personne restent-elles compatibles entre elles et avec les relations qu’elle construit ? ».

La vie intime peut révéler une facette totalement inattendue

La sexualité constitue un bon exemple précisément parce qu’elle appartient à l’une des parties les moins visibles de l’individu. Quelqu’un peut être extrêmement conventionnel dans sa vie quotidienne et avoir des pratiques sexuelles très éloignées des normes majoritaires. Cela peut surprendre.

Mais une pratique inhabituelle, entre adultes consentants et respectueux de leurs limites, n’est pas en elle-même la preuve d’une personnalité problématique. Le décalage entre apparence publique et vie intime peut simplement nous rappeler une chose : nous connaissons beaucoup moins les autres que nous ne le pensons.

Le problème éventuel ne réside donc pas nécessairement dans ce que la personne aime mais se situe davantage dans la manière dont elle traite les autres.

Quand la multiplicité des facettes de personnalité devient-elle problématique ?

Quand la multiplicité des facettes de personnalité devient-elle problématique ?

C’est probablement ici que la frontière devient intéressante. Changer légèrement de comportement selon les circonstances est normal. Posséder un jardin secret également. Avoir des passions inattendues aussi. En revanche, certaines contradictions peuvent devenir difficiles à vivre pour l’entourage.

Par exemple lorsqu’une personne :

  • raconte des versions radicalement différentes de son existence selon ses interlocuteurs.
  • dissimule volontairement des informations qui modifieraient profondément le consentement ou les décisions d’un partenaire.
  • entretient plusieurs relations fondées sur des mensonges incompatibles.
  • modifie constamment ses valeurs selon la personne qu’elle cherche à séduire ou convaincre.
  • nie des paroles ou comportements pourtant clairement établis.
  • utilise chacune de ses « facettes » pour manipuler différentes personnes.
  • devient presque méconnaissable selon l’environnement dans lequel elle évolue.

Le problème n’est alors plus d’être complexe. Le problème devient l’absence de cohérence, de transparence ou de respect des autres.

Complexité ou incohérence ?

La nuance est capitale. Une personne complexe peut parfaitement dire : « Au travail, je suis très réservé, mais avec mes proches je suis complètement différent. » Il existe une continuité. La personne sait qui elle est. Elle ne prétend pas qu’une facette annule l’autre.

Une personne profondément incohérente peut au contraire construire des univers incompatibles et adapter les faits eux-mêmes selon son interlocuteur. La distinction pourrait finalement tenir en une phrase : Une personnalité multifacette possède plusieurs dimensions. Une personnalité problématiquement compartimentée et contradictoire peut finir par posséder plusieurs vérités. Et ce n’est pas la même chose.

Pourquoi découvrons-nous parfois certaines facettes très tard ?

Les relations se tissent et fonctionnent par couches successives. Lors d’une première rencontre, nous découvrons la couche sociale. Puis viennent les opinions, les habitudes, les fragilités, l’histoire personnelle, l’intimité. Chaque degré de confiance ouvre une nouvelle porte. C’est pourquoi certaines rencontres peuvent provoquer un véritable effet de vertige.

La personne que nous découvrons quelques mois plus tard semble parfois très éloignée de celle que nous avions rencontrée. Pourtant, elle était probablement déjà là. Nous n’en avions simplement accès qu’à une petite partie.

Magazines & Éditions Vitamine et Sens
Kit vitalité offert par le magazine Vitamine et Sens

Nous voulons que les autres soient cohérents

Notre cerveau aime les histoires simples. Il qualifie : sérieux ou fantasque, introverti ou extraverti, sage ou audacieux, conventionnel ou marginal. Pourtant, l’être humain fonctionne rarement de manière aussi binaire. On peut être extrêmement rationnel et superstitieux dans certaines circonstances, être très indépendant et terriblement dépendant affectivement, timide et exhibitionniste, solitaire et passionné par les rencontres ou encore autoritaire professionnellement et extrêmement effacé dans sa vie privée. Ces contradictions ne sont pas nécessairement des anomalies. Elles constituent parfois simplement la complexité humaine.

Peut-on réellement connaître quelqu’un ?

Peut-on réellement connaître quelqu'un ?

Probablement jamais complètement, même après vingt ans. Une partie de l’autre nous échappe toujours. Et peut-être est-ce également vrai de nous-mêmes. Certaines circonstances révèlent des comportements dont nous ignorions nous-mêmes être capables comme une crise, une passion, une rencontre, un deuil, une nouvelle liberté ou un changement de milieu social.

Une partie de notre personnalité jusque-là silencieuse peut alors apparaître.

Et si la vraie question était ailleurs ?

Nous cherchons souvent à déterminer : « Quelle est sa vraie personnalité ? ». Mais cette question suppose qu’il n’en existe qu’une seule version authentique. Peut-être faudrait-il plutôt demander : « Quelles sont les différentes facettes de cette personne et comment coexistent-elles ? ». Car l’homme sérieux au bureau peut réellement être sérieux. Le séducteur nocturne peut également être authentique, l’ami généreux aussi, le solitaire du dimanche également. Toutes ces dimensions peuvent appartenir au même individu.

La difficulté commence surtout lorsque certaines facettes doivent constamment être cachées parce qu’elles reposent sur des mensonges, mettent les autres en danger ou rendent impossible une relation construite sur une réalité commune.

Nous connaissons surtout ce que les autres nous permettent de voir

Finalement, la personne qui nous semblait tellement « normale » ne cachait peut-être aucune personnalité mystérieuse. Elle était simplement beaucoup plus complexe que l’image que nous avions construite. Nous avions vu une facette, puis une deuxième, puis une troisième. Et notre étonnement venait peut-être moins de ce qu’elle était que de notre conviction initiale de l’avoir comprise.

C’est peut-être l’une des grandes illusions des relations humaines : croire que quelques conversations suffisent pour connaître quelqu’un.

La vraie personnalité d’un individu n’est peut-être pas le visage qu’il montre dans une situation particulière. Elle se trouve davantage dans ce qui relie toutes ses facettes : ses valeurs, sa manière de traiter les autres, ses choix lorsqu’il n’a rien à gagner et sa capacité à rester cohérent lorsqu’il passe d’un univers à l’autre. Et c’est probablement là que se situe la frontière entre une personne simplement fascinante par sa complexité…et une personne dont les multiples visages finissent par devenir impossibles à comprendre.

Quelques repères scientifiques

La psychologie distingue depuis longtemps personnalité générale, rôles sociaux et différentes représentations de soi. Roberts et Donahue ont notamment étudié dès 1994 la coexistence de plusieurs conceptions de soi liées aux rôles sociaux, tandis que des recherches plus récentes confirment que certains traits, objectifs et récits personnels peuvent varier selon les rôles occupés. (Roberts, B. W. & Donahue, E. M. (1994) — One personality, multiple selves: integrating personality and social roles)

Les travaux de Carolin Showers et Virgil Zeigler-Hill ont également étudié la compartimentation du soi, c’est-à-dire la façon dont différentes représentations de soi peuvent être organisées séparément selon les contextes. (Showers, C. J. & Zeigler-Hill, V. (2007) — Compartmentalization and integration: the evaluative organization of contextualized selves )

Enfin, la recherche sur la présentation de soi montre que nous adaptons effectivement l’image que nous donnons de nous-mêmes à nos interlocuteurs et aux situations sociales. Ces phénomènes ordinaires ne doivent pas être confondus avec le trouble dissociatif de l’identité, qui relève d’une problématique psychiatrique spécifique. Parler couramment de quelqu’un qui aurait « plusieurs personnalités » peut donc être évocateur, mais ce n’est généralement pas le terme psychologique approprié pour décrire une personne simplement très différente selon les contextes.

Blog Yoga, mieux-être et santé naturelle Yogimag